Dans ton jardin secret tu as
planté des fleurs, des fleurs de toutes les couleurs. Des roses délicates pour
l’amour, des bleues pour la douceur, du jasmin d’innocence, d’autres comme des
soleils gais, et puis à l’abri de ton coeur, ces petites étoiles sacrées,
fragiles au parfum acre et envoutant qui disent la liberté.
Je ne sais rien de toi et
pourtant j’ai l’impression de te connaître depuis la nuit des temps. Tu es ma sœur. Pas n’importe qu’elle sœur,
ma sœur.
Dans le coin de mon écran, tu es
apparue, tes cheveux cuivrés au vent, accoudée, grave, attentive.
Je ne sais dans quelle ville tu
dors, aimes, travailles, souffres. Je t’imagine dans Alger la blanche,
peut-être en France, à Marseille… Je ne sais.
Es-tu kabyle, berbère ? Non,
tu es Sisyphe, où que tu sois née !
Je voudrais entrer chez toi, t’accompagner
au marché, rire avec toi, apprendre les
mots de ta langue, sentir l’odeur du henné dans tes cheveux.
J’aimerais sentir la morsure de
ton soleil, danser avec toi, me brûler les lèvres en goutant tes épices. Me
protéger de la poussière chez toi.
Je voudrais écouter tes mots
toute la nuit. Ces mots qui ne s’attardent pas, qui ne prennent pas des chemins
détournés comme les miens. Ils disent la vie, la désillusion, l’amour qui ne s’éteint
pas. Ils disent la lassitude aussi, et puis l’allégresse d’exister, d’aller,
quoiqu’il arrive.
Tes mains chantent lorsque tu
parles.
Lorsque je te lis, j’entends le
vent, une cithare, une flute, un tambourin. Des chants de gorge, des gutturales
roulent, s’enroulent, chuintent. Tes mains dansent, se balancent.
As-tu des filles, des fils, un
homme a-t-il le courage de t’aimer, libre ?
Sait-il te regarder rire, te moquer
des préjugés, et prendre ta main ?
Reste-t-il à tes côtés lorsque
tu souffres pour tes sœurs, tes filles ?
Je sais que tu te réjouis lorsque
tu gagnes une bataille, que tu pleures lorsque ce que tu as construit s’effondre.
Tu pleures et tu recommences. Les Sisyphe sont souvent des femmes. Des milliers
de femmes, dans leur quartier, dans leur rue, chez elles, luttent, travaillent
pour que la bêtise et la peur ne l’emportent pas à chaque fois. Tu es Sisyphe, sans
espoir d’arriver en haut.
J’écoute l’album Djura. Je pense
à toi, petite sœur.
A wi iruhen
Ad inadi ak d imnayen
A wi iruhen
Ad icali
Ad yawed yer tizi
I Izayer ad yezzi
Ad yecnu tilelli
A wi iruhen
A tulawin ak° n tmura
A tiqcicin sut ifuda
Tudert yis-k°ent I d-nulfa
Tayri yid-k°ent I tennerna
oui je suis Sisyphe, source de mes joies et de mes peines….source de la lumière qui m’ habite, m’exalte et de l’obscurité qui m’enchaine et me dévaste…parfoisDaniele comme c’est étrange. à l’inverse de toi ..moi je sais plein de choses sur toi.et grâce à ce don que tu possèdes à savoir si intensément..si savoureusement ..aussi délicatement..avec cette sensibilité à fleur de mots à fleur de peau, te raconter. Et tu m’emmènes moi et surement tout les autres qui te lisent dans un silence monacale vers des destinations inconnues mais qui me semblent en même temps si familières…Nous avons le même âge, à quelques mois près, j’ai humé l’air du temps avant toi, petite sœur.je viens lointainement d’une tribu " ouled el nail" entre les berbères et les nomades …et ben c’était nous! Je viens d’Alger la blanche oui.. qui a hélas perdu de sa blancheur et de sa splendeur du passé, et qui reste pour moi encore une énigme que je ne suis ni trop pressée ni prête à percer, quand je l’ai fui, j’avais 25ans.A peine sortie de mon école des beaux arts d’Alger qui m’a susurré la direction à prendre: l’Italie : autre destination nouveau départ…nouveau chapitre…que je te raconterai si tu le souhaites une autre fois ….Moi en attendant je suis heureuse quand je te lis, du moins je me surprends à sourire car je suis comme l’enfant assise à même le sol le menton sur les genoux , les bras entourant ses petites jambes serrées contre elle et qui s’enivre des paroles de son conteur…Daniele tu es mon Conteur.merci..Farida