Au catéchisme

C’est au catéchisme qu’elle l’avait rencontré. On lui avait déjà parlé de lui, avec une telle adoration, un si grand respect, que ce ne pouvait être quelqu’un d’ordinaire.
Il était beau, beau à couper le souffle. Ni jeune, ni vieux. Son regard tantôt douloureux, si doux, parfois caressant, cachait tant de mystère. Il avait tout vu, le meilleur comme le pire. Il avait tout accepté. Il était si seul, contre tous.
Elle s’était prise de passion pour lui, une pieuse passion. Un jour, lorsqu’elle serait grande, lorsqu’elle serait forte, lorsqu’elle serait femme, elle lui rendrait la vie. Elle le ferait homme à nouveau. Elle serait si forte qu’il retrouverait la joie d’être, le bonheur d’aimer sans souffrir.
Le soir, après la prière, elle rêvait. Elle le voyait. Elle l’appelait par son petit nom, son nom d’homme. Un jour, un jour prochain, son  amour à elle serait si puissant, qu’il reviendrait. Elle le ramènerait à la vie et tout serait parfait à jamais. Chaque soir, pour s’endormir, elle se promettait de réussir ce miracle.
Pendant longtemps, combien de temps, elle ne s’en souvenait plus, elle rêva de miracle, de beau, de grand. Elle aurait cette force, ce pouvoir, un jour.
Elle grandit, s’occupa à d’autres projets, à d’autres passions et pourtant….
Avait-elle vraiment changé de priorité ?
Elle s’était attachée à aimer démesurément pour accomplir un miracle, se prouver qu’elle avait grandi, qu’elle était forte.
Il était grand, il était seul, si douloureux. Il avait tout compris. Ils se choisirent. Elle l’aima, de toutes ses forces, en croyant aux miracles. Elle croyait au beau, au grand, aux leurres. Les miracles
n’existent pas.

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