Elle avait choisi de prendre la nationale. Elle connaissait bien la route. Elle s’amusait en chemin à retrouver des repères. Il restait encore toute une heure à rouler à bonne allure. La brique avait déjà remplacé la pierre. Les toits étaient plus pentus. Elle allait vers le nord, le retrouver quelques heures, un jour tout au plus. Il l’attendait, elle le savait.
Toute une heure pour s’habituer à l’idée de voir son sourire l’accueillir. Ce sourire qui saurait chasser ses doutes, ensoleiller leur nuit. Elle ne ressentait aucune impatience.
Elle arriverait trop tard pour le marché, juste à temps pour jouer dans les vagues. Où l’emmènerait-il cette fois ?
La circulation était fluide. Les panneaux indiquaient la distance parcourue. Le téléphone sonna. Elle ne décrocha pas. Il s’assurait qu’elle était en route, il se rassurait. Elle sourit, changea de fréquence. La radio grésillait.
Elle l’imagina, venant à sa rencontre. Elle allait retrouver la douceur de ses lèvres, sa main s’ouvrant à peine pour enserrer ses doigts. Un petit frisson lui raidit le dos.
Une heure d’attente délicieuse à regarder défiler le paysage, à l’abri de la grande chaleur.
Il devait suivre la petite ruelle aux colombages bleus et beurre, une baguette de pain à la main. Il y avait certainement de la place dans le parking.
La circulation devenait plus dense. Le soleil dardait. Aucun nuage pour adoucir l’azur du ciel. C’était une journée rouge.
Qu’il devait faire doux à l’ombre du figuier, dans la pénombre de la chambre.
La distance s’amenuisait. Les constructions se suivaient, se bousculaient. Elle était presque arrivée.
Des notes ruisselaient, de clairs arpèges, un ruisseau de fraîcheur qui dévalait la route avec elle.
La ville apparut. Elle suivit la falaise blanche. Le pont levant encombrait l’horizon.
Le temps se comptait en minutes. Il l’attendait. Elle se souvint de la caresse de ses yeux.
Une langueur soudaine l’envahit, un frisson d’aile de papillons au creux de l’estomac. C’était doux, inattendu. Elle était presque arrivée.