Ta voix au bout du fil me déchire. Dans le combiné elle se casse. Toi, le roc de douceur, tu vacilles, tu chancelles. Avec tes mots rares tu ne fais plus d’étincelles.
Tu parles peu de la douleur, ta nouvelle compagne. Tu ne dis rien des nuits sans sommeil.
A messe basse tu racontes le désarroi de vieillir. Il y a de la colère dans l’air. Ton corps ne veut plus te servir. Ton cœur a des ratés. Ils te reprochent de les avoir malmenés. Tu refuses le verdict du temps. Condamnée à l’immobilité tu t’insurges.
Tant de labeur, piètre récompense. L’enveloppe est usée. Elle ne répond plus à tes exigences. Elle t’abandonne. Seule, tu dois continuer. Tes bras, comme les branches d’un cerisier trop généreux, menacent de tomber. Un fardeau qui t’interdit jusqu’au soin des fleurs.
Ta voix tremble un peu. J’écoute le silence qui s’installe. Un sourire s’éteint. Le soleil brille. La terre se craquèle et tu ne peux la soulager. Ta rage mal assurée n’a rien à quoi se raccrocher
Je voudrais te dire… et ne trouve rien que tu ne saches déjà.
Hier encore tu riais de tes petites victoires contre l’adversité. Tu m’émerveillais.
Ô maman n’abandonne pas. Je veux bien entendre ta colère, chaque jour et à chaque minute. Je la ferai mienne. Je te suivrai. Je jurerai à ta place. Je prierai. Dis-moi que tu vas te battre encore. Tes cris s’étouffent. Laisse-les respirer, mais je t’en prie, ne baisse pas les bras. Tu m’as donné la vie, je soufflerai à ta place et nous ferons d’autres étincelles.
Je nouerai des fleurs dans tes branches, j’inventerai de pieux mensonges pour soulager l’attente interminable.
J’apprendrai à moduler ma voix. Elle mentira pour toi. De l’autre côté du combiné, les oiseaux chantent, de la fenêtre tu me montres les clochettes de muguet. Je te raconte les bruits de la ville et mes menus plaisirs. Je garde mes larmes pour plus tard. Le monde ne se dérobera pas de si tôt. Je veux le croire. Merci maman pour ce brin de muguet. Je suis du même bois que toi et j’en suis fière.
tous ces petits détails qui nous font sentir que nous ne sommes plus tout à fait des enfants,
…et pourtant nous le sommes tant.
thiladi merci et tendresse
Votre texte sur maman est vraiment particulièrement beau et inspirant, dans le sens de nous donner du courage. La maladie et la vieillesse ce n’est vraiment pas joyeux tous les jours. J’ai perdu ma maman il y a trois mois, que j’ai accompagné dans sa maladie pendant plusieurs années, alors je suis très touché de voir des sentiments si subtils exprimés de cette façon. Merci encore !
merci
C’est toujours dur de voir partir petit à petit quelqu’un qu’on aime. En revanche les gens (vraiment) détestables, ça va.
Ma mère ne sait plus qui elle est, ni qui je suis. Maintenant je me suis habitué.
On se sent si démuni face à la soufrance de ceux qu’on aime. Et tu sais toujours si bien trouver les mots appropriés.
Seuls les gestes et les mots d’amour peuvent rassurer et réconforter la personne en détresse.
Embrasse ta Maman pour moi.
c’est tellement beau !!!!! et si vrai ! ce corps qui lâche quand l’esprit reste en alerte…..comme s’il se mettait de plus en plus souvent aux abonnés absents…..courage !
Un souffle d’émotion pure.. c’est très beau !
Joli et émouvant!
ou
Emouvant et joli!
C’est un peu comme une rose et un brin de muguet. Je sais pas choisir, alors j’offre les deux.
A ta maman.
Nous passons tous par des moments pénibles, mais quand on les exprime de manière si belle, bien enruannés par de l’amour,ils doivent alléger les douleurs et peut-être les guérir !!! ne dit-on pas que le moral fait 50°/° !
l’amour est la seule énergie qui donne la force de persister
merci Rosamere .Maman n’est plus …mais j’aurais aimé pouvoir dire de ces mots si vrais ,si beaux !
C’ est un des plus beaux textes qui soient…